mauvaise, de debbie tucker green

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texte : debbie tucker green

traduction : Gisèle Joly, Sophie Magnaud, Sarah Vermande, avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale

mise en scène : Sébastien Derrey

avec : Nicole Dogué, Lorry Hardel, Jean-René Lemoine, Bénédicte Mbemba, Josué Ndofusu Mbemba, Séphora Pondi

collaboration artistique : Nathalie Pivain

son : Isabelle Surel

lumière : Rémi Godfoy

scénographie : Olivier Brichet

costumes : Elise Garraud

administration : Silvia Mammano

production : migratori K merado, en cours

coproduction : MC93-Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Théâtre National de Strasbourg, T2G-CDN de Gennevilliers

création : novembre 2020 à la MC 93, Bobigny

 

La pièce "born bad" a été créée au Hampstead Theatre, Londres, le 29 avril 2003.

Elle est représentée en France par Séverine Magois, en accord avec The Agency, Londres.

 

Dès son apparition sur la scène anglaise au début des années 2000, debbie tucker green a très vite été reconnue comme l’une des auteures dramatiques les plus originales de sa génération et l’une des voix féminines les plus fortes et engagées en Angleterre aujourd’hui. mauvaise (born bad) est sa deuxième pièce. Elle a remporté le prix Lawrence Olivier de la révélation théâtrale en 2004. Sa production prolifique est largement reconnue et ses pièces sont régulièrement jouées en Angleterre, en Allemagne et aux Etats Unis. Elle écrit également pour la radio, le cinéma et la télévision. Son adaptation télévisuelle de sa pièce random a remporté le prix du meilleur film au MVSA festival de Birmingham et le prix du meilleur téléfilm aux BAFTA de 2012. Elle a écrit et réalisé le film Second Coming, qui a remporté le Big Screen award au Festival International du film de Rotterdam en 2015. La même année elle a reçu le prix de littérature Windham Campbell. C’est aussi une des figures les plus discrètes de la scène anglaise, qui n’a donné que très peu d’interviews et d’images d’elle-même. Elle tient à ce que son nom et le titre de ses œuvres soient orthographiés en minuscules.

A partir de situations et de cadres le plus souvent ordinaires et intimes, les pièces de debbie tucker green traitent de sujets actuels difficiles et extrêmes (inceste, violence domestique, meurtre, maltraitance, génocide, guerre civile, épidémie). De traumatismes qui, s’ils affectent principalement l’individu et le microcosme familial, interrogent aussi l’ensemble de la collectivité. Ses procédés dramatiques, son attention minutieuse à la forme et au langage théâtral ainsi que sa réflexion sur la distribution des acteurs, renouvellent la question de la violence et de la complaisance à son égard dans notre monde contemporain

On a souvent comparé debbie tucker green à Sarah Kane. En Angleterre son théâtre a été associé au mouvement d’avant-garde théâtrale qu’on a appelé « in-yer-face » (théâtre « coup de poing », d’affrontement). L’urgence et l’actualité des sujets qu’elle aborde, son langage brut et direct provoquent souvent de vives réactions. Cependant à la différence de Sarah Kane, debbie tucker green ne montre pas la violence. Elle est hors scène. Ce qu’on voit, ce sont les conséquences de cette violence sur les êtres. Les effets d’un état de choc et ses ondes. Elle recentre l’attention sur la sensation de l’émotion des personnages. Tout en évitant le voyeurisme. Mais c’est moins par le sujet traité et ce qui en est dit que la violence affleure que par la forme et ce qui est passé sous silence. C’est par la forme que tucker green parvient à traduire la blessure, l’effraction d’une limite, l’irruption de l’excès ou son inverse : le manque. Dans ce désordre on relève les traces, les indices d’une violence effacée. La blessure du traumatisme affleure dans les silences. C’est une poétique de l’affleurement.

tucker green écrit le plus souvent pour des acteurs noirs. Chacune de ses pièces comporte des indications précises de distribution. mauvaise met en scène une famille noire. Un père, une mère et leurs quatre enfants. Tout s’organise autour de l’une des filles, « La Fille », et de ses tentatives pour briser le silence et faire éclater au grand jour le secret de famille, l’inceste qu’elle a subi enfant, et pour faire reconnaître à chacun.e la part active qu’il ou elle a joué.e. Où commence pour les témoins la complicité, la connivence, le déni, la responsabilité... Chaque personnage qui apparaît est condamné à rester en scène. Chaque conversation privée douloureuse se déroule à vue sous les yeux des autres silencieux. Le père est là tout du long. Son silence comme un bloc. 

tucker green superpose plusieurs manières de parler, mêle expressions caribéennes, tournures britanniques, influences littéraires ou musicales. La langue est réécrite au plus près des exigences contextuelles du son et du rythme. Parfois proche dans ses vitesses, du rap ou du slam. Elle est réaccentuée, re-rythmée. Les personnages s’affrontent par la parole, et simultanément refusent d’écouter. La communication est déséquilibrée, brouillée. Silences et regards sont éloquents. Quand on n’entend plus quelqu’un on ne le voit plus. Et quand on ne le voit plus, il n’y a plus personne. L’absence d’écoute ou de regard rend l’autre invisible. Ecouter. Refuser d’écouter. Effacer. Dénier.

Le récit se centre sur les thèmes de la trahison et de la mémoire subjective. On sent que pour La Fille, tout peut se défaire à une allure vertigineuse. Un malaise a été introduit dans la sensibilité de La Fille, des sœurs, du frère. Et ce malaise se contamine à la sensibilité commune qui se trouve désorientée. C’est sur ce sentiment troublé que se joue le combat de La Fille. Chaque personnage a de bonnes raisons de défendre son point de vue. Chacun redéploie l’histoire dans son chant. Chacun aussi est mis au pied du mur et vulnérable.

Ils ne peuvent pas, pourtant, retenir le raz-de-marée silencieux. On voit, on entend les défenses, les armures se fissurer. Violence et douceur des silences. Au silence de l’incapacité à parler répond le silence du spectateur. « Une blessure « ouverte », dit le philosophe Patrice Loraux, alors même qu’elle fait souffrir, n’est presque pas grave comparée à l’impossibilité traumatique d’être une surface qui accueille. »

Une blessure ouverte, mais en mouvement, qui se déplace, c’est La Fille.

Sébastien Derrey

 

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2020

Du 11 au 21 novembre 2020 à la MC93, Bobigny

Du 25 novembre au 5 décembre 2020 au TNS, Strasbourg

Du 10 au 14 décembre au T2G, Gennevilliers

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